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Le bouquetin ibérique a failli disparaitre du Mercantour !

today12 juin 2023 51

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Le Bouquetin des Alpes (Capra ibex) est l’une des 5 espèces autochtones d’ongulés de la France. Pourtant, il a failli complètement disparaître au XIXème siècle, victime de la chasse. Mais grâce à la volonté de certains passionnés, notamment le roi Victor Emmanuel II, l’espèce fut protégée dans le Parc national italien du Grand Paradis, où vivaient les derniers individus, ils n’étaient plus qu’une centaine. Suite à cette protection la population a pu se développer à nouveau, fournissant des individus pour de nombreuses opérations de réintroduction à travers toutes les Alpes.

Ainsi, après avoir disparu du massif de l’Argentera-Mercantour, les bouquetins ont été réintroduits sur le versant italien au début du XXème siècle. La population actuelle est évaluée à environ 1 200 individus, elle vit dans les hautes vallées de la Roya, de la Vésubie et du Parco Alpi Marittime en Italie.

Dans le cadre du programme européen transfrontalier Alcotra LEMED IBEX, les études génétiques menées sur ces bouquetins ont montré que cette population présente la plus faible variabilité génétique de l’ensemble des Alpes. Au contraire, celles de Vanoise et du Grand Paradis présentent la diversité génétique la plus élevée.

Afin de favoriser la bonne santé de la population d’Argentera-Mercantour et accroître sa diversité génétique, le Parc national du Mercantour et le Parc national de la Vanoise ont décidé de transférer des animaux en provenance de Vanoise dans le sud du Mercantour. Il y a plus de 100 ans, en 1920, les premiers bouquetins étaient réintroduits dans la réserve de chasse royale de l’Argentera, connue aujourd’hui sous le nom de Parco Alpi Marittime. Entre 1920 et 1932, 25 animaux ont été réintroduits. Mais ils n’ont été que 10 à se reproduire.

Radio Oxygène vous l’avait évoqué, dans le Parc national de la Vanoise, le bouquetin avait disparu au début du XXe siècle. La création du Parc national est d’ailleurs en grande partie pour le protéger. Aujourd’hui, en Vanoise, la population du bouquetin ibérique est estimée à environ 2500… Une très belle victoire pour les acteurs du Parc national !

Renforcer la génétique du bouquetin, principale mission du Mercantour

Le nombre d’individus qui a fondé la population Argentera-Mercantour est très faible car les moyens techniques de l’époque et le nombre de bouquetins présents dans le Grand Paradis ne permettaient pas d’introduire un grand nombre d’individus en une seule fois. C’est ce qui explique la faible diversité génétique de cette population. Au contraire, les populations du Parc national de la Vanoise et du Grand Paradis, qui ont bénéficié de souches diversifiées, présentent la diversité génétique la plus élevée.

Au regard de ces résultats, le Parc national du Mercantour et le Parc national de la Vanoise ont pris la décision de transférer des animaux en provenance de Vanoise, afin d’accroître la diversité génétique de la population de bouquetins Argentera-Mercantour, leur donnant ainsi un maximum d’atouts pour résister aux aléas futurs.

Malgré un contexte sanitaire complexe, l’opération d’envergure entre le Parc national de la Vanoise et celui du Mercantour s’est terminée le 1er mai 2021 : une translocation de 19 bouquetins. L’objectif était d’apporter de la diversité génétique aux bouquetins du Mercantour pour leur permettre une meilleure adaptation face aux aléas sur le long terme, comme par exemple l’évolution du climat ou les maladies émergentes. Le principe : capturer les bouquetins de Vanoise ayant une grande variabilité génétique, les transporter puis les relâcher avec soin dans le massif du Mercantour.

Lâcher d'un bouquetin femelle en provenance de Vanoise dans le Parc national du Mercantour, photographie de C. Assman
Lâcher d’un bouquetin femelle en provenance de Vanoise dans le Parc national du Mercantour, photographie de C. Assman

Collaboration nécessaire entre les acteurs du Mercantour et de la Vanoise

Les opérations de capture en Vanoise ont duré une quinzaine de jours, ce mois d’avril 2021. Les généticiens se sont accordés sur la pertinence du prélèvement d’animaux dans deux populations de Vanoise : Champagny-en-Vanoise et Modane. 19 animaux (10 femelles et 9 mâles) ont été capturés en Vanoise et relâchés dans le Mercantour. Le nombre d’animaux prélevés sur les deux sites n’aura aucune conséquence sur la dynamique de la population de bouquetins de Vanoise.

Une intervention en cette période de printemps permet d’approcher facilement les animaux, en quête de nourriture, sur les pentes les mieux exposées et déjà déneigées. Cela permet également de bénéficier de conditions de transport optimales pour le bien-être des animaux en évitant de fortes chaleurs. Enfin, ses captures pratiquées à cette période minimisent le risque de compromettre la mise-bas des femelles.

Pour la capture, les femelles étaient privilégiées car elles présentent une plus grande chance de se reproduire dès le printemps suivant le lâcher. Si elles sont gestantes au moment de leur capture, cela permet l’introduction de deux individus. Concernant les mâles, on ne peut être sûr qu’ils participent efficacement à la reproduction, toutefois, si c’est le cas, l’intérêt est réel, car ils peuvent saillir un nombre élevé de femelles et ont des capacités de dispersion géographique souvent plus importantes.

Écrit par: admin

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