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La pierre sèche au cœur des Cévennes

today5 juin 2023 84 1

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Le Parc national des Cévennes est un territoire de pierres sèches. Depuis sa création, les acteurs de cette zone font en sorte de préserver ce minéral afin de faire revivre de nombreux hameaux qui font partie de son patrimoine.
Alors qu’elle a été abandonnée au XIXe siècle pour valoriser des matériaux moins coûteux comme le béton ou le ciment, la pierre sèche à le vent en poupe depuis près de vingt ans grâce aux professionnels qui se sont rapprochés du monde associatif. Ces professionnels transmettent aux passionnés et aux nouveaux venus les savoir-faire qui sont associés à ce type de pierre afin de pérenniser ses multiples qualités. Qu’il soit en schiste, en granite, en calcaire ou complété avec d’autres roches comme le grés, le gneiss ou le basalte selon les lieux , ce matériau naturel est une véritable niche pour la biodiversité.

À qui profite la pierre sèche ?

En effet, les murs en pierre sèche sont de véritables corridors écologiques. Ils agissent en refuge et lieu de reproduction à tout un panel d’espèces vivantes. Bien exposé, un mur en pierre sèche accumule la chaleur du soleil toute la journée et la restitue pendant la nuit. De ce fait, les reptiles comme le lézard vert et le lézard des murailles s’y prélassent toute la journée. Contrairement à eux, les batraciens tels que les crapauds, les grenouilles ou les salamandres ont une préférence pour l’humidité. Alors ces espèces se réfugient du côté plus frais de ces pierres, là où il y a de l’ombre. C’est aussi le cas des escargot, des cloportes, des araignées et des limaces.

Les plantes aussi ont leur place autour des bâtisses en pierres sèches. Les végétaux dits saxicoles se développent dans les interstices : les fougères, les mousses, les lichens ou les plantes grasses comme le nombril de Vénus, la Joubarbe ou la cymbalaire trouvent également leur refuge au sein des constructions de pierre sèche.

Bâtisses de pierre sèche en Lozère, dans le Parc national des Cévennes, photographie de Gabriel_de_siam de Pixabay
Bâtisses de pierre sèche en Lozère, dans le Parc national des Cévennes, photographie de Gabriel_de_siam de Pixabay

Les qualités de la pierre sèche

La qualité drainante des murs en pierre sèche limite l’impact des inondations ou de l’érosion des sols. De plus, les bâtisses constituées de ce minéral ont une durée de vie très longue. Certaines peuvent durer plus de 300 ans sans subir quelconque travaux ! Ce type de construction favorise également l’économie circulaire et limite la production de déchets car la pierre est réutilisable à l’infini, à moins de la réduire en poussières… La pierre sèche est aussi une véritable source d’emploi local et assure la transmission des savoir faire.

Les différentes constructions en pierres sèches renforcent également l’identité patrimoniale vivante des territoires et constituent un atout économique, notamment pour le tourisme. Depuis sa création en 1970, le Parc national des Cévennes met tout en œuvre pour préserver ce patrimoine qui a modelé les paysages du territoire. D’ailleurs, en 1985, cela a valu une reconnaissance du Parc par l’Unesco au titre des paysages de l’agropastoralisme méditerranéen.

Lou Valat, l’association qui agit pour le Parc

L’association Lou Valat a été créée dans les années 70 par une équipe de passionnés. Lauréate des Trophées du Parc en 2019, cela fait près de 50 ans qu’elle participe à la réhabilitation du hameau du Vernet, situé en coeur de Parc, dans les vallées schisteuses. Munis de massettes, de martelines et de pelles, tous les ans, les bénévoles venus de toute la France réitèrent une technique ancestrale. Tout se passe avec les mains : pierre par pierre, ils assemblent sans liant les minéraux pendant des stages qui ont lieu en avril et en octobre, afin de donner un second souffle au hameau.

Après la restauration des maisons qui se situent en bas du hameau, l’association a souhaité réhabiliter les murs et les terrasses en schiste grâce au soutien financier du Parc national, de conseil départemental de la Lozère et de la Région et de la Fondation du Patrimoine. En effet, si de nombreux acteurs soutiennent Lou Valat, c’est parce que ces murs de pierre sèche soutiennent des terrains exploitables dans une région accidentée et les protègent contre le ravinement provoqué lors des épisodes cévenols, dont la fréquence devrait s’accroître avec le changement climatique.

Découvrir la pierre sèche au cœur du Parc

Pour ceux qui ne connaissent pas la pierre sèche, il existe une petite balade perchée entre les paysages du mont Lozère et un panorama inoubliables sur les vallées cévenoles. Ce lieu vivant est dédié à l’apprentissage des techniques de construction à pierre sèche. Alors si vous n’avez jamais eu l’occasion de découvrir cette technique utilisée par les Cévenols, c’est l’occasion de vous y rendre ! 

Sur ce court sentier, les ouvrages caractéristiques des Cévennes tels que des terrasses, des aménagement hydrauliques côtoient des réalisations plus contemporaines de l’école professionnelle de la pierre sèche.

Écrit par: admin

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