Nicolas Rubin "Il faut reconnaître à la commune sa capacité de réactivité."

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Nicolas Rubin, coprésident de Savoie Mont-Blanc Tourisme et maire de Châtel

Racontez-nous comment se sont passées les premières heures de la mise en place de ce confinement.
Les conditions étaient exceptionnelles, la saison a été interrompue de manière fracassante dans la mesure où les clients de la semaine concernée venaient d’arriver et ont dû repartir le lendemain. On serait encore ouvert à cette époque, les conditions d'enneigement sont encore très bonnes et puis le soleil est radieux, ça fait un peu double peine mais en tout cas on a compris que la situation l’exigeait.


On sait que les fins de saison sont placées sous l’événementiel pour faire venir les touristes, donc comment ça s’est passé pour vous ?
Oui, le printemps du ski comme on l’appelle dans la destination montagne, est une saison très appréciée car les jours se rallongent et les conditions météorologiques sont très bonnes, l’enneigement est généralement très bon et puis autour de tout ça il y a l'esprit festif qui vient animer la montagne autrement, où toutes les destinations Savoie-Mont-Blanc organisent des concerts sur les pistes par exemple, mais aussi plein d’autres évènements qui ont du être annulés. C’est dur aussi d’assumer l’incidences de ces annulations pour les structures, même si elles sont bien sûr assurées. Le niveau de réservation était très bon puisqu’on arrive d’année en année à fidéliser nos clients par le biais festif autour du ski.

On va évoquer la vie plus locale : en tant que maire de Châtel qu’avez-vous dû mettre en place dans votre commune pour ceux qui y habitent à l’année, mais aussi pour les résidents secondaires qui s’y sont confinés ?
On a dû rappeler avec insistance les messages nationaux et départementaux. On a pas dû intervenir trop sur des opérations de police municipale ou de la gendarmerie nationale. Les déplacements ayant été interdits sur le territoire national et parce que nous avons pris un arrêté municipal d’interdiction d’occupation de tout ce qui s’appelle l’hébergement de tourisme dès le 24 mars puis le Préfet d Haute-Savoie a emboité le pas le 7 avril en prenant un arrêté départemental pour interdir l’occupation dans toutes les structures d'accueil touristique. On a donc fermé les frontières d’accès aux stations parce qu’il n’aurait pas été raisonnable de déplacer des flux de clientèles qui seraient venus de leur résidence principale pour rejoindre les stations de sports d’hiver et d’été. Mais on saura attendre et Châtel accueillir ses résidents secondaires et touristes dès la réouverture.

La ruralité a souvent été maltraitée par les gouvernements successifs. Est-ce qu'aujourd'hui les maires des communes rurales de montagne sont armés pour faire face à la fois à la crise sanitaire mais aussi à la future crise économique ?
Je crois que personne n'est armé par rapport à cette crise, on la découvre au jour le jour. Les consignes qui nous sont données arrivent de Paris et on les applique. Mais il y a aussi une solidarité locale qui fait en sorte que les petites communes rurales dans la difficulté ont le bénéfice d'avoir le soutien de leurs voisins et de l’intercommunalité qui interviennent. Le conseil départemental de Haute-Savoie est très présent aussi auprès des collectivités et puis la belle et grande région Auvergne Rhône-Alpes a mis elle aussi les moyens pour subvenir à cette solidarité. L’idée c'est la capacité de réaction des 35000 communes de France sur une prise de décision et de mettre en oeuvre des moyens. La commune reste à portée d’engueulade mais aussi de remerciement de ses habitants parce qu'elle est interactive. C’est important de souligner aussi l'engagement de l'ensemble des maires et des élus qui se sont impliqués pour gérer au mieux cette crise et accompagner les personnes les plus vulnérables de leurs collectivités mais aussi avec l’ensemble de la population car on est à l'écoute H24 7 jours sur 7.

C'est quoi votre message sous-jacent ? N’augmentez pas nos communauté de communes, laissez-nous du pouvoir de proximité ?
Il y a des des compétences qui peuvent être partagées mais je crois qu’il faut reconnaître à la commune sa capacité de réactivité très rapide. Cette proximité avec ses habitants et ses élus qui ne sont pas des décisions à périmètre trop éloigné de la réalité du terrain.

Les écoles sont sous la responsabilité des maires donc sous votre responsabilité à Châtel. Est-ce que vous vous sentez prêt pour la reprise ?
C'est un partage de décisions qui intervient à ce moment-là. On peut avoir une décision nationale de reprise des écoles mais il faut aussi que les communes soient concertées parce qu’elles sont les premières au front à prendre en charge le retour des enfants au sein des collectivités. Et puis il y a les parents d'élèves qui doivent être concertés. Nous les avons consultés pour savoir s’ils souhaitaient ou non remettre leurs enfants à l’école. On a à peu près un taux de 60 pour-cent de personnes qui n'entendent pas remettre les enfants à l’école parce qu’on peut concevoir qu’ils font partie des populations qu'on appelle vulnérable et ces populations, il faut les protéger et donc mettre les moyens. Mais le retour à l’école permet aussi à de jeunes enfants pour qui le confinement se passe très mal d’être extraits du cocon familial. On se rend bien compte du travail considérable que font les enseignants auprès de ces enfants et des familles. Le déconfinement va se faire progressivement et nous nous adapterons.


Dernière question : vous co-présidez Savoie Mont-Blanc Tourisme. Sur quoi travaille vos services actuellement ? Est-ce qu’il y aura la mise en place d'un plan de relance et éventuellement d’un budget complémentaire en matière de communication ?

On ne peut pas parler de destination touristique sans modèle d'accueil que sont les hébergeurs toutes catégories confondues, à savoir l’hôtellerie et la restauration qu'on appelle de manière générale les partenaires de la destination touristique. Savoie Mont-Blanc Tourisme travaille actuellement à une grande écoute avec France-Montagne et Atout France pour ces destinations touristiques que ce soit mer, ruralité ou montagne. Il y a donc une stratégie de communication à mettre en œuvre, on change un peu nos modèles, il va falloir s'adapter à la communication, par exemple ne plus faire des messages de communication qui intègre des foules de population qui vont affrayer. Et puis la destination montagne c’est de grands espaces largement ouverts, où contrairement aux plages, sans mettre en concurrence nos amis du bord de mer, on ne se met pas les uns sur les autres. Il y a vraiment de l'espace pour assouvir ses vacances en toute tranquillité. Ce qui fait justement la pluriactivité du pays et sa capacité à répondre en terme de tourisme à un large panel de clientèles et en fait une des toutes premières destinations touristiques du monde. On n’est donc pas en concurrence mais on est complémentaire. N'oublions pas la montagne à l'égard de la mer et n'oublions pas la mer à l’égard de la montagne.

Pour conclure : est-ce qu'on gardera quelque chose de positif de la période que l’on traverse ?
Je pense qu'il y aura une prise de conscience du mode de vie qui va changer de la part des habitants. Peut-être sur la consommation, d’aller vers les producteurs locaux et d’utiliser de plus en plus le circuit court.

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