Jérôme Palazzolo "S'astreindre à des activités agréables qui vont entrainer de l'agréable."

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Jérôme Palazzolo, psychiatre 

Vous êtes psychiatre et vous proposez des thérapies cognitives et comportementales. De quoi s'agit-il ?

Ce sont des thérapies qui font partie des thérapies brèves, c'est-à-dire limitées dans le temps. Ces thérapies vont s'intéresser à la fois au comportement de l'individu au quotidien et également aux cognitions étant les pensées associées à ses comportements. Et il y a un troisième volet qui est très étudié, c’est celui des émotions. En gros ce sont des thérapies souriantes autour de cette dynamique là, pour aider la personne à avancer, à travailler sur ses problèmes et éventuellement à mieux vivre le confinement.

Ces thérapies sont courtes parce que ce sont des problèmes plutôt passagers ?

Ce sont des thérapies qui ont été évaluées scientifiquement. Donc tout au long de la prise en charge, on va évaluer l'évolution de la personne. Et dans ce cadre-là, on va lui proposer des exercices pratico-pratiques pour lui permettre de s'améliorer. Une fois qu’on a atteint les objectifs fixés en collaboration avec la personne, la thérapie s'arrête.

Un mot sur la période que l'on traverse : quels sont les risques d'un point de vue psychologique ?

On commence déjà à avoir des pathologies qui sont vraiment spécifiques à cette période de confinement, c'est-à-dire des troubles essentiellement anxieux, des troubles dépressifs voire même des troubles qu'on appelle de stress post-traumatiques chez des personnes qui vivent très mal cette problématique du confinement, et qui consultent expressément pour ça. 

Comment est-ce qu'on peut consulter ? Il faut forcément qu'on se voit ou ça peut se faire comment à travers un écran ?

Il y a toute une dynamique de téléconsultations qui peuvent se faire. L’objectif c’est de s'adapter au mieux à la demande du patient et lui proposer la solution qui soit la plus sécure pour lui. 

Est-ce qu’il y des petites choses à faire au quotidien pour essayer de mieux vivre ce confinement ? Comment on peut gérer ces difficultés en ce moment ?

L'objectif va être déjà de fixer la thérapie en fonction de la problématique de la personne. Par exemple le fait de manger ou de consommer plus d’alcool et de perdre la capacité de gestion de ce comportement. Au départ des petits conseils simples qu'on appelle psychoéducation sont préconisés. Comme respecter un certain rythme. On se lève, on se prépare, on se lave, on s'habille, on mange à une certaine heure en faisant un vrai repas. L'après-midi l'objectif c'est aussi de s'activer avec un livre, un film ou une série choisis sans tomber dans l’addiction. On va donc se déterminer sur un ou deux épisodes. C’est la problématique : la différence entre l’addiction et le plaisir. Dans l'addiction il y a une notion de besoin qui décale tous les rythmes biologiques quand on passe une nuit entière à regarder des séries. Une des priorités c’est donc d'essayer de garder des rythmes biologiques et de préserver une dynamique d'activation comportementale. L'activation comportementale c'est justement le fait de s'astreindre à des activités plutôt agréables qui vont entraîner d'autres activités agréables. 

On parle beaucoup de méditation en cette période de confinement. Comment s'y prendre, qu'est-ce que ça peut nous nous apporter, quels mécanismes s'enclenche dans le cerveau ?

On parle souvent de méditation de pleine conscience qui est thérapeutique. L’objectif c'est d'essayer de se détacher des pensées, de vivre pleinement l'instant présent en essayant d'être attentif à ce qu'on ressent, à ses émotions, à sa posture, à sa manière de respirer. Et à partir de là, ça permet de faire un travail sur une meilleure gestion émotionnelle. Il existe des applications très bien faites ou encore des tutos sur Youtube. L'objectif là aussi c'est que la pratique soit agréable. 

On parle beaucoup d'hygiène hygiène corporelle. Est-ce qu’il y a aussi une forme d'hygiène psychologique à mettre en place ?

Le but n'est pas de dissocier les choses, c'est-à-dire qu’on est dans une hygiène globale. C'est difficile d'avoir une bonne hygiène physique s’il n'y a pas une bonne hygiène mentale et vice-versa. Donc l'objectif c'est de prendre en compte l’individu dans sa globalité et d'essayer d'optimiser les choses dans la globalité.

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