Gilles Chappaz "Les gens cochent le Mont-Blanc comme on coche la Tour Eiffel."

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Gilles Chappaz, journaliste de montagne, ancien rédacteur en chef adjoint de l'Équipe 

Vous êtes chamoniard, pouvez-vous nous rappeler qu'elles ont été les moments forts de votre carrière ? 

Après avoir fait Sciences-Po j’ai passé mon diplôme de moniteur de ski pour payer mes études et j'ai commencé par me lancer dans la presse spécialisée avec des copains. On a créé une revue qui s'appelle Montagne Magazine qui existe toujours puis on a crée ensuite une deuxième revue qui s’appelle Vertical, elle aussi toujours existante. J’ai ensuite continué à collaborer dans la presse spécialisée autour de revues de ski, puis j’ai été consultant pour les Jeux Olympiques de 92 sur France Télévision. J’ai ensuite travaillé avec Libé, avec Le Monde puis l'Équipe magazine et aussi avec le magazine montagne sur France 3. J’ai fait pas mal de reportages et de présentations avec Pierre Ostian en tant que chef d’édition. Et depuis une quinzaine d’années, je passe mon temps à faire des films et à écrire des bouquins.

Est-ce que les sports de montagne aussi bien que la culture de la montagne ont une place suffisante aujourd'hui dans les médias ?

Les médias spécialisés les traitent mais sont trop peu diffusés. C’est une niche un peu élitiste. Il est regrettable qu’il y ait deux sujets traités en priorités dans les médias, à savoir les accidents donc le côté extrêmement dramatique de ce qui se passe en montagne et les exploits. 

On parle souvent négativement des effets de l’économie du tourisme avec le ski notamment sur l'environnement. Quel est votre avis là-dessus ?

On est en droit de poser des questions sur cette industrie qui n’est pas tellement adaptée à l'époque du réchauffement et on peut se poser la question sur le développement de certaines stations qui continuent à vouloir jouer la carte du tout ski.

Justement est-ce que ces quelques exemples de stations ne donnent pas une mauvaise image pour d'autres stations qui elles, ne sont pas dans cet état d'esprit ? 

Il y a effectivement des maires de stations, des responsables de stations et des villages qui ont cette conscience de la nature et de l'environnement, qui mettent la pédale douce et ont l’humilité de dire qu’il faut changer quelque chose. Penser que mettre des enneigeurs va tout solutionner, c’est un manque de modestie terrible. Bien entendu, pas mal de métiers, d'activités et de professions sont impactés par ce manque de neige dû au réchauffement. Par rapport à cette montagne qui souffre, on devrait trouver des solutions, or on continue quand même d’investir et à croire que le ski c'est l'avenir. Avec le confinement, les activités de montagne sont interdites. On n’a pas fait confiance notamment aux accompagnateurs ou aux guides, là où c’est leur profession d'accompagner des gens en montagne alors qu’ils auraient pu continuer de pratiquer. 

Est-ce qu’il aurait fallu simplement autoriser les sorties en montagne accompagnées d'un guide ? Il y a eu deux morts en montagne pendant le confinement alors que c'était interdit.

Moi ça me fait de la peine de voir des gendarmes du PGHM qui contrôlent des gens sur les sentiers de montagne alors qu’ils partagent la même passion. On comprend qu’il ne doit pas y avoir de sur occupation des hôpitaux, mais ça mériterait un pilotage un tout petit peu plus souple. 

Je voudrais qu'on évoque cette période de confinement. Vous êtes chamoniard confiné à Grenoble et vous écrivez votre nouvel ouvrage sur les 200 ans de la Compagnie des Guides de Chamonix.

Là pour moi le confinement est une chance. J’ai en effet ce livre en route pour les éditions Guérin sur les guides de Chamonix. Je peux donc rédiger tranquillement même si je suis parfois un peu en panne avec les archives. Mais je peux parler au téléphone et interviewer les guides si bien que je trouve le temps et que j’avance sur cet ouvrage. 

Pourquoi elle est si mythique cette compagnie des guides de Chamonix ?

La compagnie a été créer en 1821 avec un certain nombres de règles qui sont toujours en vigueur aujourd’hui. Par exemple le tour de rôle c’est-à-dire que les guides prennent le travail à tour de rôle. C’est la volonté d’une certaine égalité devant le travail. Il y a aussi une caisse de secours qui a été créé dès 1821. Cette caisse vient en aide aux guides et à leurs familles lorsqu’un guide s’est blessé. Une sorte de sécurité sociale avant l’heure. Je ne vous cache pas que la Compagnie des Guides n'a pas été créé que là-dessus, elle a aussi été créé parce qu’à l'époque la profession n’était pas du tout organisée et qu'il y avait une certaine tendance de la part de tous les gens qui essayaient de vivre du tourisme à exploiter celui qu’on appelait “un voyageur”.

On est surtout au pied du Mont-Blanc.

Evidemment c’est le lieu qui a fait ça: il y a pas d’autres endroits dans le monde qui ait cette montagne aussi belle et aussi accessible et donc c'est un lieu unique. Les Chamoniards ont compris assez vite que ces voyageurs anglais et suisses, il fallait les accompagner. Le Mont-Blanc est donc devenu très tôt un objectif pour ces voyageurs. Il l’est toujours aujourd’hui mais c’est un peu dévoyé en ce moment.

Il y a eu beaucoup de polémiques là dessus notamment les étés précédents. Vraisemblablement, l’ascension du Mont-Blanc c'est presque devenu Disneyland. 

C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui viennent cocher le Mont-Blanc comme on coche la Tour Eiffel. On se retrouve du coup avec des gendarmes en bas pour surveiller tout ça alors que la montagne c’est la discipline la plus libre possible. Il y a aujourd’hui un problème d’alpinisme, il y a beaucoup moins de gens qui en font, c’est un sport difficile et engagé, qui demande des efforts. Beaucoup de gens viennent en montagne pour s’amuser. Ce qui est très compliqué à réguler. Les refuges deviennent des hôtels d’altitude alors qu’à l’origine, ils sont là pour s’abriter. 

Une dernière question : pour quand est prévue la sortie de cet ouvrage ?

On fête les 200 ans de la Compagnie des Guides en 2021, on va sans doute le sortir au début de l’année prochaine.

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