François Chemin fait le point sur la situation dans la commune de Fourneaux et du canton de Modane

Télécharger le podcast

François Chemin, Maire de la commune de Fourneaux, Conseiller régional 

Tout d'abord quelles sont vos impressions sur la période que l'on vit, le confinement, l'activité économique qui s'est arrêtée d'un d'un seul coup ?

C'est quelque chose d’inédit, d'extraordinaire, quelque chose que l’on a jamais vécu et qui je pense, marquera durablement nos esprits. Pour l'activité économique c'est sûr que c’est quelque chose d’extraordinaire ce qui s'est passé du jour au lendemain. Nous, comme vous le savez, on était en pleine saison. Alors c’était la fin des vacances de février mais du jour au lendemain, tout ferme. C’est une manière incroyable, je suis le premier surpris. Nos concitoyens sont des gens plutôt civiques et sont des gens qui obéissent aux consignes de sécurité. 

Vous avez une formation d’historien et êtes historien. Est-ce que c’est complètement incomparable à quelque chose qui s’est passé auparavant ? 

Peut-être à une déclaration de guerre. Sans rentrer dans les mêmes propos que le Président de la République, je pense au moment par exemple entre l'Italie et la France en 1939 où le ton est monté, et que l'ensemble des populations de 

Haute Maurienne a été déplacé du jour au lendemain, en ce qui nous concerne dans le nord de la Drôme. Peut-être que ça peut ressembler à ça. C’est-à-dire que du jour au lendemain, le village se vide et les choses sont organisées pour partir. Alors là, on n’est pas parti, mais on est tous chez soi.

Vous évoquez le voisin italien parce que vous êtes juste à côté de l’Italie. Il y a beaucoup de relations entre l’Italie, Fourneaux, Modane et l’ensemble de ces territoires. C’est quoi les rapports aujourd’hui avec les voisins italiens ?

C’est des relations d’amitié avec le maire de Bardonnèche parce que on est jumelé avec cette commune et avec Modane. On prend des nouvelles les uns des autres pour savoir comment ça va, mais c'est vrai qu’il ne se passe plus grand-chose et que comme vous le savez, on a eu des retours à un moment, disant que l’Italie ne savait pas gérer la crise, quinze jours avant nous. Il faut se rendre compte qu'on vit la même chose de toute manière, peut-être un peu en moins fort que certaines régions du nord de l'Italie. Ce qui est sûr c'est qu'il y a des choses qui ne s'expliquent pas : dans notre commune, dans notre vallée on est ouvert. On a des trains qui passent en permanence avec des cheminots italiens qui viennent boire des cafés dans les bars de Modane ou des gens qui viennent faire des courses. Donc ça c'était avant le confinement. On aurait donc pu penser qu’on soit contaminé plus vite, plus fortement. Mais honnêtement, la situation dans la vallée de la Maurienne, la situation est plutôt calme aujourd'hui.

Au niveau de la mairie et de la Communauté de Communes, comment s’est réorganisé le travail et comment vous avez réussi à maintenir du service au public ?

Pour ce qui est de la mairie de Fourneaux, on a pris le parti de la laisser ouvert, pas au public, mais on a toujours quelqu'un dans la mairie qui reçoit les appels, qui peut renseigner, qui peut fournir des attestations, des dérogations pour sortir. Pour une  population de 650 habitants, je crois qu'on en imprime 300 à 400 par jour. Les gens en prennent beaucoup et viennent. Mais ils sont plutôt sérieux dans l’ensemble. Après au service technique, mes gars sont là tous les matins. Alors ils ne travaillent pas ensemble, ils travaillent chacun à un poste, chacun à une mission mais ça permet de rassurer les gens, de montrer que la commune n’est pas complètement morte non plus et puis faire les travaux d'entretien. Parce que normalement à cette saison on commence les grands balayage après l'hiver, on a beaucoup salé et mis beaucoup de gravier, on fait le grand nettoyage. Là c'est sûr que c’est comme après l'hiver : un peu terne, un peu gris donc mon agent de surface fait tous les trottoirs, on en a un autre qui est dans une balayeuse qui récupère, on en a un autre qui fait une tournée tous les jours de l'ensemble des rues pour s'assurer que tout va bien. On va dire que c'est comme une patrouille. Ça rassure les gens et ça permet aussi de voir s'il y a des choses abandonnées parce que les déchetteries sont fermées pour l'instant. Donc moi ce qui m'inquiétait un petit peu, c'est au niveau de la salubrité publique, le fait de se retrouver avec des encombrants un peu abandonnés de partout. Mais c'est pas le cas aujourd'hui, heureusement. 

Quels dispositifs vous avez mis en place pour les personnes isolées ?

Dès avant la sollicitation du Préfet qui nous avait demandé de s'enquérir du cas des personnes âgées et isolées, une de mes adjointes a fait le tour de l'ensemble des personnes isolées. On est parti du principe que quand les gens sont en couple et pas forcément très âgés, il y avait une forme d'autonomie quand même. Mais on a fait le tour de toutes les personnes qui pouvait être susceptibles d'être en souffrance, en leur demandant si ça allait, s’ils avaient des voeux particuliers, s’ils avaient besoin de faire des courses etc. On s'est rendu compte qu'il y a quand même un fort esprit de village, avec de bons rapports avec les voisins : les gens ont décliné l'offre de la mairie, mais on sait qu’ils sont aidés par la famille, les amis etc. On se dit que les gens ne sont pas abandonnés et c’est tant mieux comme ça en fait. 

On  a parlé un peu tourisme, économie. Quel bilan on peut déjà faire de cette saison d'hiver, une saison qui avait été sans doute très bonne au début et puis qui aura forcément un bilan mitigé ?

On a eu les commissions de la région la semaine dernière, les commissions organiques. Moi je siège à celle de la montagne, qui est animée par un personnage que tout le monde connaît, Monsieur Gilles Chabert, l’ancien président des ESF, et de savoir de sa propre voix que le bilan n’est pas si catastrophique que ça. Je ne fais pas de point particulier, je parle en général mais vu que les vacances de février étaient passées, le bilan n’est pas si catastrophique. 

C’est un peu ce qu’on entend quotidiennement parce qu’on a régulièrement des responsables d’offices du tourisme, des élus locaux. C’est aussi ce qu’on entend quasiment tous les jours. 

Et on va dire que la partie qui restait était certainement une partie un peu moins intéressante, heureusement d'ailleurs. Mais on le sait bien : même si les stations ferment autour du 20 avril, c'est quand même pas la période la plus propice à faire du business. Donc la saison d'hiver a été impactée, mais certainement moins fortement que ce qui ce qui se profile. Et la grande question du maire de Chamonix qui siège à la même commission, c'était de dire que la saison d'été qu'on ne peut pas préparer en ce moment, va être très très compliquée. Les Françaises et les Français qui vont sortir du déconfinement je l’espère, le plus vite possible, vont avoir besoin certainement de respirer un petit coup, de prendre de l’air et de voyager un petit peu dans leur pays. Ce qu’on peut souhaiter c’est donc qu’ils viennent à la montagne cet été.

Justement quelle est la stratégie pour préparer la saison d'été ? On sait qu’il y a une belle programmation événementielle et culturelle, en particulier au sein de la Communauté de Communes. Est-ce qu’on l’a mise en attente ? Est-ce qu'on est en train d'essayer de maintenir les événements ?

Là pour l’instant, tout est en attente, moi je reproche rien à personne parce que la situation est compliquée pour tout le monde, mais l'annonce du déconfinement à partir du 11 mai, l'interdiction des festivals jusqu'à mi-juillet, mais peut-être l'aut orisation pour les petits… Pour les élus locaux c'est pas facile à gérer cette avalanche de dattes sans qu’on sache vraiment où on va. Donc on est très prudent. Je pense que les professionnels du tourisme y travaillent déjà un petit peu dans la Communauté de Communes, mais pour l'instant il y a quand même des gros points d'interrogation sur lesquels on ne peut pas trancher. 

Une dernière question : est-ce qu'il y a des initiatives locales qui ont été mises en place pour soutenir notamment le commerce ?

Alors nous avons un groupement de commerçants qui est très dynamique qui s'appelle GPCM, le groupement des professionnels du canton de Modane et qui fait beaucoup de communication, qui essaie de faire passer le mot du consommer local. Nous-mêmes, on fait afficher aujourd'hui dans toutes les montées d’escalier la liste des commerces qui sont ouverts et peuvent éventuellement livrer les gens dans l'agglomération de Modane et Fourneaux. Ces informations se trouvent sur internet, mais tout le monde n'a pas internet, tous les anciens n'ont pas internet et donc en les mettant dans chaque montée d'escalier, on espère que les gens resteront fidèles au consommer local.

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article